Allocution d’ouverture du Baron Alain Philippson, président de CEJI

Baron Alain Philippson

Bonsoir, monsieur le Président du Comité Economique et Social Européen, monsieur le Vice-Président du Parlement Européen, ses excellences les ambassadeurs, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
C’est pour moi un grand honneur de prendre la parole devant vous, à cette date et en ce lieu.
Le 27 janvier est à elle seule une victoire remportée sur la barbarie et par le travail de mémoire. Auschwitz, usine à tuer l’humain, est devenu le symbole du Mal et la Shoah, le critère d’inhumanité absolue auquel se réfère la conscience moderne, chaque fois que ses instincts les plus vils refont surface.
Aujourd’hui nous commémorons le 70ème anniversaire de la Libération des camps. Sinistre anniversaire qui a vu disparaitre des enfants, des mères, des pères, des sœurs, des frères, des grands parents… des êtres qui n’étaient pas bien nés car nés juifs, roms, homosexuels, handicapés…
Nous commémorons également l’espoir que cette atrocité a suscité, a réveillé, l’espoir de vivre sur un continent apaisé, dans un monde pacifié. L’espoir qu’aucun individu ne pourra être, de nouveau, moqué, insulté, exclu, menacé, violenté, exterminé…
Nous avons échoué. Nous avions pensé, à tort, que le ventre de la bête ne serait plus jamais fécond.
Mais, comme nous le rappelle Charlie Chaplin dans le discours final de son film « Le Dictateur » : « Ne perdez pas espoir ! L'amour de l'humanité est enfoui dans votre cœur ! »
Plus que jamais, l’éducation est une clé, la clé. Ne laissons pas des murs d’indifférence se dresser, ne laissons pas les peurs et les extrémismes avoir raison ! Le lourd héritage que nous léguons aux générations qui feront l’avenir de l’Europe, leur demandera une vigilance intense, un courage civique implacable, une tolérance inclusive, et le respect de l’autre. Cet Autre qui peut nous sembler si différent de nous, si éloigné, mais pourtant souvent si semblable.
Je suis fier d’avoir, à mon niveau et avec des collègues formidablement motivés, permis que des ponts se construisent, que les fractures se réduisent et que le dialogue se fasse entre transmission de la mémoire et démocratie. Nous sommes en temps de crise, nous cherchons à éteindre le feu par tous les moyens, nous tentons de nous rassurer, de retrouver la parcelle d’humanité qui existe en chacun de nous… Des outils éducatifs existent, des programmes de grande qualité sont mis à disposition d’enseignants, d’éducateurs, de travailleurs sociaux, mais faut-il attendre que la démocratie vacille pour s’en emparer ? La prévention est la meilleure de protection quand on parle d’éducation !
Je souhaite m’adresser plus particulièrement aux jeunes qui sont ici aujourd’hui : vous êtes le symbole de l’espoir que nous mettons en vous. Il vous revient la tâche de perpétuer le devoir de mémoire, d’être vigilants à ce qu’il n’y ait plus jamais, en Europe ou nulle part ailleurs dans le monde, d’Auschwitz.
En disant ceci j’ai, en partie, l’impression d’émettre un vœu pieux quand je vois notre manque d’actions, quand je pense aux tragédies qui se sont, et se déroulent encore sous nos yeux. Vous serez demain les citoyens qui à votre tour, auront la responsabilité de faire échec à tout ce qui pourrait conduire au même engrenage de la haine et de la violence, conduisant inéluctablement à la barbarie. Faîtes mieux que nous !
Je vous fais confiance. N’oubliez pas le passé ! Utilisez l’éducation comme rempart à l’ignorance et l’obscurantisme. En tant que citoyens européens, nous sommes tous responsables, tant le monde politique que la société civile, de faire de l’Europe un exemple, où ses citoyens contribueront à en faire le modèle une terre messagère de paix et de respect de la dignité humaine.